jeudi 20 décembre 2007

"Tu sais, si t'étais pas ma cousine, tu m'aurais sans doute intéressée !" "Ben heureusement que je suis ta cousine, alors !"

Laissez-moi vous raconter une histoire...

Lorsqu'elle était petite, elle passait tout son temps avec lui... Bon, d'accord, pas tout son temps, disons juste... Quinze semaines par an plus les nombreux week-ends où elle allait chez ses grand-parents avec ses parents. Les quatre premières années, elle ne s'en souvient pas très bien, juste un peu, grâce aux photos... Toujours déguisée en princesse... En princesse, vous êtes sûrs ? Quinze semaines par an donc... Plus les week-ends ! Merci, je sais !
Souvent, leurs grand-mères les emmenaient tous les deux se promener dans les bois. Promenons-nous dans les bois, pendant que... Je m'égare. Ensemble, ils en ont construit des cabanes ! Elle, qui venait de la ville, elle ne pouvait s'empêcher de l'admirer, lui qui savait déjà grimper aux arbres comme un singe, qui faisait de la moto et se la jouait mécano ! Un jour, pendant leur habituelle promenade... Promenons- nous dans... Ah non ! Je recommence ! ils empruntèrent un sentier inconnu et débouchèrent à l'orée de la forêt. Les vignes, les champs et les villages, en contrebas, étaient étonnamment petits... Plus loin, ils construirent un feu... qu'ils allumèrent une fois. Il avait onze ans, elle neuf et il avait piqué un briquet à son père. Ils y revenaient souvent, jouaient au cowboys Lucky Luke? Quelque chose dans ce genre là, oui...
Aujourd'hui, ce feu est toujours là et les mêmes morceaux de bois morts ou brûlés y sont entassés. Plus il grandissait, plus il devenait autoritaire et capricieux, tandis qu'elle était la timidité même, toujours à son service. Il répétait sans cesse "Parisienne ! Parisienne !" et s'énervait souvent contre elle. Pourtant, il continuait de venir la voir presque chaque jour, à chaque nouvelles vacances. Il faisait le fier quand il était avec ses copains et se moquait souvent d'elle. Mais elle, elle ne disait jamais rien J'aurais bien aimé voir la taille du balai qu'elle avait dans le... . Pourtant, lorsqu'elle eut onze ans, un jour, elle se rebella pour la première fois : "Moque-toi mais j'aimerais bien t'y voir, moi, tout seul dans le bus ou le métro, à Paris ! Chuis pas sûre que tes talents de singe attardé te serve à grand chose !" Bon, il se pourrait qu'elle n'ait pas tout à fait tenu ces propos... Par la suite, quand elle atteignit douze ans, ils ne se virent pas pendant plus de quatre mois, ce qui fut, un vrai record de longévité. Pourtant, il revint encore, en scooter. Il avait quatorze ans et venait de passer son... euh Comment on appelle ça ? son permis... Ce jour-là, il la surprit à dire un gros mot : "Et Merde !" "Bah, depuis quand tu parles comme ça, toi ?" Elle riait plus, plaisantait, se moquait même de lui. Il faisait 10 cm de MOINS qu'elle, quand même ! Les jours qui suivirent, ils ne cessèrent de passer du temps ensemble et si il commençait à râler, elle l'envoyait bouler. Un jour, il décida de lui apprendre à grimper à l'arbre. Bien sûr, elle n'y arriva pas du premier coup. Lui, déjà assis sur sa branche, se marrait, comme d'hab'. Vexée, elle lâcha la branche sur laquelle elle voulait grimper, également celle sur laquelle il était assis. La secousse fut telle qu'il bascula en arrière. Ne demandez pas comment, mais il se retrouva suspendu par le fond du pantalon et la tête à l'envers à 10 millimètre du sol, le cul à l'air ! Elle a tout vu ! Même son... "File moi un coup de main, au lieu de te marrer !" "Ok, ok !" "Non ! Te retourne pas !" "Mais comment veux-tu que je fasse ?" "Ferme les yeux !" "T'es malade ! J'ai pas envie de toucher un truc bizarre, moi !" "Tu pourrais peut-être ramassé mon caleçon, quand même..." Bizarrement, depuis cette fois-là, les gens les voyaient rire chaque fois qu'ils passaient devant le noyer auquel ils avaient grimpé ce jour-là... Et puis, ses parents à lui divorcèrent. Il avait quinze ans, elle treize ans. Ils passaient des soirées entières à discuter sur MSN, il lui parlait quand ça n'allait pas et lui décrivait sa nouvelle petite amie. Un soir, ils en vinrent même à parler mariage, comme ça juste pour rigoler. Euh, non... Pas leur mariage à eux mais à lui et sa copine. Suivez un peu ! L'été qu'ils passèrent ensemble fut le meilleur même s'il s'engueulaient parfois... Au jour de l'an, il restèrent à discuter jusqu'à ce que la nuit soit aussi noire que le feutre et le froid les obligent à se réfugier dans le bureau de leurs grand-pères. Ce qu'lle ignorait encore, c'est que ce soir-là devait être leur dernier instant de complicité... Non, il n'est pas mort, elle non plus. On n'est pas non plus dans un mélodrame ! Sans prévenir, il arrêta de venir la voir, ne lui téléphona plus, ne lui parla plus. Elle apprit par la suite qu'il ne voyait plus que sa copine. Elle essaya de le joindre, il ne répondit pas. L'été de ses quinze ans, elle le revit, il ne lui adressa pas même une parole. Elle n'essaya pas non plus. Ses sentiments étaient confus. Il y eut d'abord la surprise, puis la tristesse et un gros sentiment de vide. Mais aujourd'hui, alors que le nouvel an approche à nouveau, que les bouts de bois pourrisent entassés dans le feu au milieu des vignes, que le noyer dressent ses branches désormais abandonnées, il n'y a plus rien que la colère...

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